

Révéler l’Art et l’héritage de Samuel Bak
À travers une œuvre profondément symbolique, nourrie de mémoire, de douleur et d’espérance, Samuel Bak interroge notre humanité. Son art éclaire les zones d’ombre de l’Histoire, tout en ouvrant un espace de réflexion sur la justice, la résilience et la dignité humaine. Le Projet Bak s’attache à faire vivre cette œuvre unique, en dialogue constant avec le monde d’aujourd’hui.
Révéler l’Art et l’héritage de Samuel Bak
À travers une œuvre profondément symbolique, nourrie de mémoire, de douleur et d’espérance, Samuel Bak interroge notre humanité. Son art éclaire les zones d’ombre de l’Histoire, tout en ouvrant un espace de réflexion sur la justice, la résilience et la dignité humaine. Le Projet Bak s’attache à faire vivre cette œuvre unique, en dialogue constant avec le monde d’aujourd’hui.




Samuel Bak
Samuel Bak est un peintre de renommée internationale, dont les œuvres figurent dans de grandes collections et sont mises à l’honneur dans plusieurs musées portant son nom. Pourtant, il reste encore méconnu en France.
Enfant prodige du ghetto de Vilnius, celui que le poête Avrom Sutzkever surnommait « l’enfant miracle » a toute sa vie interrogé l’exil et la fragilité de l’existence humaine à travers une œuvre mêlant emprunts à la peinture de la Renaissance et visions oniriques.
Samuel Bak (11 ans) et Avrom Sutzkever en 1944

A l’age de neuf ans, Samuel Bak (alors surnommé Samek) expose pour la première fois dans le ghetto de Vilnius. Le papier faisant defaut, Sutzkever lui confie un registre de la communauté, et lui propose de dessiner dans les espaces vides laissés au fil des pages. Ce registre, le Pinkas, sera miraculeusement retrouvé à la fin du XXe siècle. Il est aujourd’hui exposé au Musée Bak à Vilnius.
Né en 1933 à Vilnius (alors Vilna, en Pologne), Samuel Bak est un rescapé de la Shoah. Lors de "l’Aktion des enfants", son père parvient à le sauver d’une mort certaine en l’exfiltrant du camp de travail, caché dans un sac de pommes de terre. Samek et sa mère sont ensuite cachés par des Justes dans un couvent bénédictin, derrière des murs formés par d’énormes piles de livres. Dans l’espace aménagé, ils sont cachés avec trois autres familles. Les ouvrages servent aussi de meubles, de lits, de chaises… « Pour changer les draps, on tourne les pages… », écrira Bak dans son autobiographie Painted in Words. Mais lorsque le couvent est sur le point d’être réquisitionné par la Gestapo, Samek et sa mère n’ont pas d’autre choix que de retourner dans le ghetto. Tous deux survivront à la Shoah. Son père et ses grands-parents seront eux assassinés par les Nazis
Autoportrait à 13 ans

Après la libération de Vilna par l’Armée rouge, Samek et sa mère fuient la ville avant qu’elle ne devienne Soviétique. Ils passent alors trois ans en Allemagne, dans un camp de réfugiés tenu par l’armée américaine. Samek continue de peindre et apparaît même à l’époque dans un reportage filmé, qu’il découvrira par hasard bien des années plus tard, lors d’une visite au Musée de l’Holocauste à Washington.
Extrait d’un reportage filmé au camps de réfugiés

En 1948, Samek et sa mère arrivent clandestinement en Israël par bateau, peu avant la création de l’État. En 1956, Samuel Bak obtient une bourse qui lui permet de venir étudier aux Beaux-Arts de Paris. Il vivra ensuite à Rome, Tel-Aviv, New York, Paris, Lausanne et Vevey, avant de s’installer définitivement à Boston en 1993, à l’âge de 60 ans.
Mother and Son (gouache on paper, 1947)

En 2001, Samuel Bak retourne pour la première fois à Vilnius, sa ville natale, où il est reçu avec les honneurs et où une grande rétrospective lui est consacrée. Plus tard, en 2017, le Musée National Samuel Bak y sera inauguré. Une salle est dédiée au Pinkas, le registre de la communauté juive que Sutzkever lui avait confié dans le ghetto. Il est exposé dans une vitrine, sa couverture de cuir tachée de sang. Aux murs de la salle sont accrochées des reproductions des dessins de Samek enfant, extraits du Pinkas.
Seascape (oil on canvas, 1972)

En 2006, Yad Vashem, l’institut international pour la mémoire de la Shoah à Jerusalem, lui consacre la première retrospective dédiée à un peintre vivant, ou plus exactement, un survivant. D’autres Musées Bak ont été ouverts à Omaha (Nebraska), Houston (Texas) et Saint-Petersburg (Floride), grâce au travail de Bernie Pucker, propriétaire de la Pucker Gallery à Boston, qui le réprésente depuis 1969.
Musée Samuel Bak à Houston (Texas)

À 92 ans, Samuel Bak, dont le Catalogue Raisonné recense plus de dix mille œuvres, peint encore chaque jour. Son style personnel, à contre-courant des modes de son époque, a souvent été associé, à tort, au surréalisme. Mais ses tableaux n’évoquent pas le rêve : ils témoignent d’une réalité intérieure marquée par l’Histoire. Adoptant les techniques de la Renaissance italienne, Bak élabore un langage pictural symbolique et métaphorique, qui lui permet de raconter son histoire et d’éveiller une réflexion sur le monde contemporain.
Aujourd’hui, sa peinture est reconnue non seulement pour ses qualités artistiques, mais aussi comme un puissant outil d’éducation contre le racisme, l’intolérance et l’injustice. La traduction de son livre autobiographique Painted in Words fait désormais partie du programme des lycées en Lituanie. L’ouvrage a également été traduit de l’anglais en allemand, espagnol, polonais, et récemment en hébreu.
Samuel Bak dans son atelier à Boston en 2010

Le Projet Bak a été initié afin de faire découvrir son œuvre en France, où, près d’un jeune sur deux n’a jamais entendu parler de la Shoah. À travers des expositions, des publications et des programmes éducatifs, l’art devient ici témoin, gardien de ce qui ne doit jamais être oublié, et source d’une réflexion profondément humaniste.
Au Bak Museum & Learning Center, à Omaha

LE PROJET BAK
L’ambition du Projet Bak est de sensibiliser le public, et notamment la jeunesse, aux problèmes liés à la violence, au racisme et à l’injustice, en utilisant l’art de Samuel Bak comme langage universel.
Initiatives du Projet Bak en France
Les projets suivants dessinent la vision du Projet Bak.
Certains sont déjà amorcés, d’autres cherchent encore partenaires, soutiens ou maisons d’édition. Vous pouvez contribuer à leur donner vie.

- Projet 1 - Exposition rétrospective en France
À la recherche d’un musée partenaire pour accueillir la première grande exposition française.

- Projet 2 - Traduction française de l’autobiographie de Samuel Bak, "Painted in Words"
Un projet en recherche de traducteurs et d’un éditeur en France.

- Projet 3 - Diffusion d’enregistrements d’interviews en français avec Samuel Bak.
Projet en cours de réalisation.

- Projet 4 - Réalisation d’un Musée Bak Virtuel en ligne, source de documentation et d’études.
Projet en cours, à la recherche financement.

- Projet 5 - Production d’un film documentaire sur le retour de Samuel Bak à Vilnius, et la transmission, en français, de son histoire à son petit-fils Raphaël.
Le tournage a été réalisé à Vilnius, projet à la recherche d’un diffuseur.

- Projet 6 - Publication du roman graphique Samek, l’enfant miracle inspiré de l’enfance de Samuel Bak et de son parcours de survivant.
Un projet en cours de création, à la recherche d’un éditeur.

- Projet 7 - Publication d’études, recherches et essais consacrés à l’œuvre de Samuel Bak, en français.
Traductions de documents existants, ainsi que nouvelles initiatives.

- Projet 8 - Programme pédagogique autour de l’œuvre de Samuel Bak
En lien avec des enseignants, associations et institutions éducatives.
- Projet 1 - Exposition rétrospective en France
Samuel Bak par Alain Bosquet
(Extrait du catalogue d’exposition, Galérie Carpentier, Paris 1988)
Ils sont très rares aujourd’hui – il y a Balthus et Andrew Wyeth, au plus haut de l’échelle esthétique – les peintres qui fournissent au spectateur plus qu’un plaisir de couleurs et de formes : une véritable philosophie et une vision de l’univers qui invite à des prolongements dialectiques. Tel est le cas de Samuel Bak, reconnu par quelques sommités et encore partiellement laissé dans l’ombre en France, où il devrait cependant attirer penseurs, poètes, gens d’interrogation et de réflexion.
Il a peint, dans le passé, des personnages qu’on dirait sortis d’une palette inquiète, à l’époque de Bosch, d’Holbein ou d’Urs Graf : un réalisme derrière lequel se profilent des affres métaphysiques, et une perpétuelle tentation du mystère qui doit demeurer un mystère. Cette humeur du premier tiers du seizième siècle se conjugue avec deux autres constantes, chez le Samuel Bak des scènes de genre : un hommage aux spéculations talmudiques projetées sur la mythologie grecque, et une ouverture sur le surréalisme, pourvu que celui-ci dégage une spiritualité méditative qu’il n’avait pas à l’origine.

Les personnages sont toujours en état de pré-crucifixion : ligotés, promis au carcan et sur le point de subir des sévices dont la nature demeure implicite. Simultanément, Samuel Bak a peint des paysages qui, par un élément imprévu, basculaient dans l’absurde : un mur de travers au milieu d’immeubles normaux, une sorte de cris des pierres, des corps étrangers, des rues qui ne vont nulle part, des traces de séisme, des images qui ont l’air de ne pas appartenir au tableau qui les héberge, comme malgré lui.

Il est arrivé que, pour souligner la présence de l’insolite, Samuel Bak juxtapose – dans les portraits notamment – à un visage, son double et son triple : la mentalité d’un être peut ainsi se traduire par la multiplication de son propre moi, non point des aspects différents de ce moi, mais plusieurs fois la même image, pour que la conscience soit en quelque sorte le miroir de ce qu’elle sait d’elle-même. L’effet peut en être saisissant.

Partout, malgré la précision du détail et la clarté architecturale du tableau, c’est l’interrogation qui domine. Présenté avec force détails et même une mise en scène complexe, le mystère n’apparaît pas comme un élément unique : il est toujours entouré de choses et de personnages qui relèvent du réel. Il en résulte que l’imprévu a droit de cité dans un environnement qui en souligne l’incongruité. Samuel Bak organise son interrogation dont il veut qu’elle fasse partie intégrante d’un panorama complet. C’est Mantegna chez Chirico et Murillo chez Max Ernst. Il n’y faut voir aucune révolte, ni la recherche exacerbée d’aucun territoire fantasmagorique. Le propre de Samuel Bak est d’apprivoiser l’énigme, comme s’il était naturel de saluer, sans autres façons, le surnaturel.

À cet égard, rien n’est plus caractéristique et foncièrement original que le traitement des natures mortes : un terme qui ne convient nullement à sa présentation d’objets, de bouteilles, de fruits. On expose aujourd’hui principalement des poires. On le reconnaîtra désormais par cette hantise, qui va infiniment plus loin, dans l’esthétique et l’imaginaire, que ne vont les pommes de Cézanne. Toute une vie de réflexion et de fréquentation de l’ésotérisme se résume en cette abondance de poires.


Bien entendu, si l’essence du fruit et sa forme demeurent intactes, leur signification a changé. On dirait que, les ayant admirées pendant de longues années, il y ait concentré toutes ses affres et toutes ses hantises. D’abord, la nature de la poire change. Elle n’est plus un simple fruit, mais peut se muer en une espèce d’œuf qui, de temps en temps, laisse couler le jaune qui est en elle. On se demande alors quel volatile étrange l’a pondu dans un coin de grange ou sur une table.

Cette possibilité de métamorphose – ou faut-il parler de métempsycose aussi ? – n’est pas la seule. La poire peut être une excroissance minérale. Le transfert se fait dans l’aisance et le sourire, un peu comme chez Magritte, mais avec un malaise infiniment plus fécond. Dans ces conditions, on aurait tort de refuser à la poire d’autres vertus. Étant de tous les règnes de la nature tour à tour, elle acquiert le droit à la souffrance : il n’est pas interdit de la voir saigner.
Devenue un symbole d’ubiquité physique, elle se mue vite en poire coupable. Cette culpabilité métaphysique permet aux autres – des bourreaux et des justiciers invisibles – de préparer mille tortures pour la poire. Elle sera ceinturée, étouffée, condamnée. Qui dit qu’il y a là une cruauté particulière ? Comme la poire se fait omniprésente, il est normal qu’on se défende contre elle. Le mythe est complet, irréductible, grave : tout le sérieux d’une bizarre aberration.

Déjà, d’autres légendes comminatoires se forment sous le pinceau de Samuel Bak. Des oiseaux en bois et en métal se mettent à voler et, ce faisant, acquièrent tous les attributs de l’oiseau réel, jusqu’à en pleurer. Samuel Bak est l’ample et inquiétant illustrateur d’un monde qui, pour s’accepter, se crée des splendeurs qu’il n’y a pas lieu de réduire par la logique.
Alain Bosquet, octobre 1988

Samuel Bak, un language universel
Longtemps considéré comme le peintre de la Shoah (comme Élie Wiesel le fut pour la littérature), Samuel Bak dépasse pourtant ce cadre.
Si son art trouve ses racines dans son enfance marquée par la guerre, le ghetto de Vilnius, la cachette au couvent, les camps de travail et de réfugiés, il ne s’y limite pas.

Une évolution artistique singulière
Lors de ses études à l’École des Beaux-Arts de Paris à la fin des années 1950, Bak s’inscrit d’abord dans le courant de l’art abstrait, alors dominant. Ce style lui permet d’exprimer la douleur, le traumatisme et la noirceur de ses souvenirs dans une gestuelle libre et expressive.
Mais il en perçoit vite les limites : l’abstraction, selon lui, n’est pas à même de porter la narration philosophique et morale qu’il souhaite transmettre.

Il choisit alors une autre voie, la sienne. S’inspirant des maîtres de la Renaissance italienne et hollandaise, il adopte une technique rigoureuse, une lumière chatoyante, une perspective infinie.

Ses paysages idéalisés et ses compositions minutieuses évoquent parfois le surréalisme, mais cette comparaison est trompeuse : chez Bak, rien n’est rêve ou illusion — tout est métaphore, tout est sens. Son réalisme poétique ne cherche pas à fuir la réalité, mais à la questionner.
Au fil du temps, sa touche s’est progressivement libérée : moins lisse, plus vibrante, elle s’est enrichie de nuances et de matière — à la manière d’un Titien.


Ses natures mortes portent parfois la marque du cubisme, où les formes se fragmentent pour mieux révéler la complexité du réel. Ce retour à la figuration, à contre-courant du minimalisme et du pop art de son époque, traduit son indépendance vis à vis du monde de l’art.
Le style qu’il met au point au début des années 1960 — mélange de précision classique et de symbolisme moderne — est devenu sa signature.

Ses œuvres forment souvent des séries à thème, où les symboles reviennent comme des leitmotivs dans des variations infinies : les figures d’Adam et Ève, la Justice aveugle et sa balance défaillante (ci-dessus), ou encore l’enfant du célèbre cliché du ghetto de Varsovie — un motif que Bak revisite à travers de nombreuses toiles, le considérant comme une crucifixion moderne, symbole de l’innocence sacrifiée. (Ci-dessous, il se représente, enfant, dans le sac de pommes de terres qui a permis sa survie, entouré des silhouettes de l’enfant de Varsovie).


Son langage pictural est unique, tant ses images portent une profondeur morale et philosophique qui dépasse la simple beauté formelle.
C’est pourquoi Samuel Bak est aujourd’hui reconnu comme l’un des grands peintres des XXe et XXIe siècles : un artiste à la virtuosité picturale d’un Dali ou d’un Magritte, et au message aussi universel qu’émouvant, aussi intime et introspectif que celui d’un Chagall — ce même Chagall qui, ayant vu un jour ses dessins d’enfant dans le camp de réfugiés, lui dit : « Continue, mon enfant, continue. »

Un langage de symboles
L’univers visuel de Bak est peuplé de symboles récurrents qui composent une véritable grammaire picturale.
Des objets du quotidien, théière, tasse, petite cuillère, bouteille, soupière, symbolisent une normalité, une vie simple qui a été détruite, que l’on essaie de restaurer, mais qui ne sera jamais comme avant.
Des paysages en arrière plan sont souvent des grands espaces paisibles, des montagnes et des horizons à perte de vue, signes d’un monde témoin, éternel, imperturbable.
L’arc-en-ciel — promesse biblique d’un avenir meilleur — est souvent représenté brisé, rapiécé, reconstruit.


Des oiseaux de pierre ou de métal, figés dans leur élan, suggèrent l’impossibilité du vol et de la liberté. Des dés dont les points ont disparu, ou se sont égarés ailleurs, évoquent la fragilité du destin et le hasard de la survie. Les pièces du jeu d’échecs sont sacrifiées ; les échiquiers, symboles d’une guerre aux règles bafouées, oubliées, sont brisés.



Des anges aux ailes de métal ou de pierre, ligotés, déchus, victimes de leurs mission. Des quatuors jouant une musique muette, et des nuages en marbre composent un monde paradoxal, à la fois vivant et figé. Des arbres déracinés flottent dans les airs, suspendus entre vie et mort. Des maisons de papier, aux façades fragiles, s’effondrent dans un silence de fumée pétrifiée.

Bak fait dialoguer son œuvre avec l’histoire de l’art : des références à Dürer, notamment à La Mélancolie, viennent enrichir ses compositions, comme pour inscrire sa réflexion dans la continuité d’une méditation humaniste sur la condition humaine.

Des références à des scènes de la Chapelle Sixtine de Michel-Ange, comme La Création ou Adam et Eve chassés du paradis, ont été reprises par Samuel Bak dans de nombreuses variations sur le même thème — une pratique qui constitue l’un de ses « jeux » préférés. Ces scènes sont à la fois chargées de sens, et parfois empreintes d’humour.





Une œuvre qui questionne le monde
L’art de Samuel Bak explore la mémoire, la perte et la reconstruction à travers un langage symbolique et métaphorique.
Les symboles juifs, tels que l’étoile de David, les tables de la Loi, le talith ou les bougies du souvenir, apparaissent dans son œuvre, mais ils ne la définissent pas. Chez Bak, ces références ne sont pas religieuses : elles deviennent des archétypes universels, des métaphores de la condition humaine.

Ci-dessus, dans un tableau intitulé Le Ghetto, celui-ci est représenté sous la forme d’un tombeau à ciel ouvert, en forme d’étoile de David jaune — une relique archéologique d’une civilisation enterrée vivante, aux fenêtres sombres, sans trace de vie.
Ci-dessous, dans l’une des relectures de La Création de Michel-Ange par Bak, Dieu apparaît comme une silhouette vide : une absence sculptée dans la lumière, illusion d’optique sur un fond de cheminées fumantes — symboles des fours crématoires et des six millions d’âmes parties en fumée.


L’univers pictural de Bak devient ainsi une méditation sur la fragilité du monde et la résilience de l’esprit humain : les échiquiers en désordre symbolisent les guerres, les paysages fracturés évoquent les mondes détruits, les objets suspendus parlent de survie et de reconstruction.
Ses tableaux sont des réflexions philosophiques sur la vie, le hasard, la chance et le sens.

Au cœur de sa récente exposition, “The IF in LifE”, à la Galerie Pucker de Boston en 2025, le mot “if” (“si”, en anglais), se révèle de toile en toile pour un œil attentif. Il se fond habilement dans le paysage, comme pour rappeler que nos vies sont faites de conditions, de hasards et de miracles.
C’est grâce à une succession de "si", de hasards improbables et de rencontres salvatrices que Samuel Bak, l’enfant prodige du ghetto de Vilnius, a survécu. Il fut l’un des 2 000 survivants de la communauté juive de Vilnius — la Jérusalem de Lita — qui comptait entre 70 000 et 80 000 personnes avant la guerre.

Aujourd’hui, son art témoigne, interroge et relie, il parle à la mémoire autant qu’à la conscience. Le Projet Bak a comme mission de transmettre son message humaniste aux générations futures.


Samuel Bak, Paris et la langue française
Paris et la langue française ont toujours été au cœur de la vie et de l’identité de Samuel Bak. Son œuvre reste néanmoins relativement méconnue du public francophone, en particulier en France et en Suisse, où il a pourtant vécu de nombreuses années.
Le peintre maîtrise de nombreuses langues — le yiddish, l’anglais, le polonais, l’allemand, l’hébreu, le russe, l’italien — mais sa langue de tous les jours est le français, qu’il pratique avec sa femme Josée, ses trois filles et ses petits-enfants.

Dans son autobiographie Painted in Words, il raconte l’histoire de son grand-père paternel, Chayim Bak, militant socialiste recherché par la police, après l’échec de la révolution de 1905 contre le Tsar. Chayim échappa de justesse à l’arrestation, s’enfuyant par les toits avant de monter dans le premier train quittant Vilnius, sans billet ni papiers. Il atteignit finalement Paris, où un tailleur juif du Marais l’accueillit comme apprenti, le logea et le nourrit.
À son retour à Vilnius, Chayim ouvrit avec sa femme une boutique de couture baptisée Le Couturier de Paris. Samuel Bak se souvient que la nostalgie et l’amour de son grand-père pour Paris lui furent transmis. Ses grands-parents étaient convaincus que cette capitale serait un jour l’écrin idéal pour le grand artiste qu’il était destiné à devenir.

Samuel Bak, ayant obtenu une bourse pour étudier les décors de théâtre, arrive pour la première fois à Paris en 1956 mais il choisit finalement de rejoindre un atelier de peinture de l’École des Beaux-Arts, jusqu’en 1959. Il habite alors rue de Verneuil, dans le Quartier latin. Il reviendra à Paris en 1980 et occupera, durant quatre ans, un grand atelier rue des Plantes, dans le 14e arrondissement. Pendant cette même période, ses filles s’installent elles aussi à Paris, où elles vivent encore aujourd’hui.
Il expose à Paris à deux reprises : en 1988 à la Galerie Carpentier, rue du Bac (Paris 7e), puis en 1990 à la Modern Art Gallery, rue Quincampoix (Paris 3e). Mais le décès subit de Jacques Carpentier, son galeriste parisien, qui avait élaboré un plan détaillé pour introduire son œuvre sur le marché parisien, met un terme à cette initiative prometteuse.
La mission du Projet Bak est d’offrir enfin au public parisien l’opportunité de découvrir l’œuvre de Samuel Bak, et, par la même, de toucher un public francophone — et international — plus large.

Samuel Bak en ligne
Vidéos
Samuel Bak Museum: The Learning Center (University of Nebraska foundation)
The Life and Art of Samuel Bak: Art Origins and Inspirations (Omaha magazine)
How They Survived the Holocaust: Samuel (NOVA PBS Official)
Holocaust Survivor Becomes World Renowned Painter | Samuel Bak (Bougas Productions)
Sanctified Symbol: Pears in the Art of Samuel Bak WebinART (PuckerGallery)
Samuel Bak - Virtual Artist Talk Montserrat Galleries
Icons of Loss: The Artwork of Samuel Bak
Holocaust in Lithuania Series: Samuel Bak
The Vilna project - Samuel Bak : Part 1 Part 2 Part 3 Part 4 Part 5
Panel discussion on the Samuel Bak Museum: The Learning Center
Samuel Bak Keynote Address - Montserrat Commencement 2022
Oral history interview with Samuel Bak, 2018
Samuel Bak in Conversation | The Florida Holocaust MuseumThe Art of Samuel Bak A Conversation on Art and Memory
Contact
Le Projet Bak s’inscrit dans une dynamique de transmission, de mémoire et de création.
Nous sommes ouverts aux partenariats avec musées, éditeurs, institutions culturelles, mécènes, ou toute personne engagée dans ces valeurs. N’hésitez pas à nous écrire pour échanger ou proposer une mise en relation.

Le Projet Bak est une association à but non lucratif œuvrant pour la préservation et la diffusion de l’art et de l’héritage de Samuel Bak, ainsi que pour la transmission éducative en s’appuyant sur la force pédagogique de son œuvre.
Samuel Bak est représenté par la Pucker Gallery, Boston, Ma. depuis 1969.
Pour toute question concernant des œuvres de Samuel Bak, contacter la Galerie.
© 2025 Le Projet Bak









































































